Dans la nuit du 18 au 19 juillet 2026, entre la quatorzième et la quinzième étape du Tour de France, Jonas Vingegaard (Visma–Lease a Bike) a fait l'objet d'un contrôle antidopage autour de 2 heures du matin. Tadej Pogačar (UAE Team Emirates–XRG) a subi une mesure similaire, la même nuit, autour de 5 heures du matin.
Le parquet de Paris a confirmé que le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) du Tribunal judiciaire de Paris avait été saisi par l'International Testing Agency (ITA), pour l'UCI, « en application de l'article L. 232-14-4 du code du sport afin d'autoriser les contrôles antidopage survenus dans la nuit du 18 au 19 juillet ».
La presse fait état d'une vague plus large en évoquant jusqu'à huit équipes concernées, mêlant contrôles nocturnes et contrôles de soirée le jour de repos.
A notre connaissance, il s'agit de la seule occurrence sur le Tour d'une autorisation judiciaire donnée en vue de pratiquer des contrôles antidopages nocturnes
L'heure de ces contrôles a été largement critiquée, notamment par les coureurs et les commentateurs, a fortiori à la suite de la chute ayant conduit à l'abandon de Jonas Vingegaard. Difficile en effet d'exclure que ces opérations aient pu peser sur la concentration du coureur et le pousser à la faute.
Peu d'informations ont filtré sur ces contrôles inopinés. A ce jour, la principale source d'informations résident certainement dans le régime juridique mobilisé pour procéder à ces opérations nocturnes.
1. Le régime des contrôles antidopages pratiqués de nuit
Deux conditions cumulatives
L'article L. 232-14 du Code du sport pose un principe selon lequel les contrôles au domicile ou au lieu d'hébergement du sportif ne peuvent être conduits qu'en journée, entre 6 heures et 23 heures.
L'article L. 232-14-1 du Code du sport ouvre toutefois une plage dérogatoire pour des contrôles de nuit, entre 23 heures et 6 heures. Cette plage horaire est réservée aux contrôles de sportifs relevant des catégories de l'article L. 232-15 (groupe cible d'un organisme antidopage, participants à une manifestation internationale), dans le strict respect de sa vie privée et de son intimité.
L'opération nocturne doit se limiter au prélèvement d'échantillons et au recueil des observations du sportif. Il n'est donc pas question de perquisition mais d'un régime circonscrit au prélèvement en dehors de la plage horaire de principe, en journée.
Les textes prévoient en outre que dans la plage horaire entre 23 heures et 5 heures, deux conditions cumulatives doivent être réunies :
(i) des « soupçons graves et concordants » que le sportif a contrevenu ou s'apprête à contrevenir aux règles antidopage ; et
(ii) un « risque de disparition de preuves ».
Ce seuil renforcé n'est, en revanche, pas exigé pour les contrôles réalisés entre 5 heures et 6 heures du matin.
Le contrôle du Juge des Libertés et de la Détention (JLD)
Depuis l'ordonnance du 30 septembre 2015, l'article L. 232-14-4 du Code du sport exige que les opérations menées sans le consentement du sportif soient autorisées par le Juge des Libertés et de la Détention.
Saisi sur requête par l'Agence française de lutte contre le dopage, par une organisation nationale antidopage étrangère ou par un organisme sportif international compétent (ici l'ITA, agissant pour l'UCI), le juge doit vérifier que les conditions sont satisfaites, à savoir l'existence des « soupçons graves et concordants » et d'un « risque de disparition de preuves ».
L'autorisation du JLD prend la forme d'une ordonnance écrite et motivée, délivrée pour un prélèvement déterminé, non susceptible d'appel. Les opérations se déroulent sous le contrôle de ce magistrat et ne peuvent, à peine de nullité, avoir d'autre objet que le prélèvement autorisé.
2. Ce que le droit nous apprend sur les pratiques recherchées
Les heures de contrôle sont riches d'enseignement
Le contrôle de Jonas Vingegaard, pratiqué vers 2 heures, se situe au cœur de la tranche la plus exigeante (23 heures à 5 heures). Il en résulte, nécessairement, qu'un magistrat a estimé, au vu des éléments qui lui étaient soumis, que les « soupçons graves et concordants » présentaient un degré de sérieux suffisant et qu'il existait un « risque de disparition de preuves » de nature à priver d'efficacité un contrôle reporté après 5 heures.
Le contrôle de Tadej Pogačar, réalisé vers 5 heures est en revanche aux limites du régime. Pour la tranche 5 heures - 6 heures, la loi n'exige ni la double condition soupçons graves et disparition de preuves, ni l'intervention du JLD. Deux lectures restent donc ouvertes : soit une autorisation unique a couvert, par précaution, l'ensemble de l'opération nocturne, Pogačar compris ; soit son contrôle de 5 heures relevait du droit commun du prélèvement inopiné faute d'avoir pu caractériser des « soupçons graves et concordants » ainsi qu'un « risque de disparition de preuves ».
Les heures de contrôle ne sont donc ni un hasard ni une inégalité entre coureurs : elles sont le reflet de la situation individuelle des coureurs face aux indices disponibles.
Cette grille éclaire aussi la vague de contrôles qui a suivi. Le jour de repos, le 20 juillet, plusieurs équipes (la presse évoque Red Bull–Bora–hansgrohe vers 22 heures, Groupama–FDJ vers 20 h 30, Decathlon CMA CGM, Jayco–AlUla ou Bahrain) ont été testées en soirée. Or ces horaires demeurent dans la plage ordinaire de 6 heures à 23 heures. Dès lors, ces prélèvements, quoique tardifs, relèvent du contrôle inopiné de droit commun et n'appelaient aucune intervention du juge. D'autres équipes auraient été contrôlées vers 5 heures, dans la tranche 5 heures – 6 heures, nocturne mais dispensée du double seuil. Le chiffre spectaculaire de « huit équipes » agrège ainsi des situations juridiquement hétérogènes, dont une minorité seulement (les prélèvements entre 23 heures et 5 heures) engage le régime le plus lourd et la garantie du JLD.
Le risque de disparition de preuves renseigne sur la nature des soupçons
La principale question - et peut être la principale information - résident dans le « risque de disparition de preuves » retenu pour justifier un contrôle avant 5 heures du matin.
Dans l'attente de précisions, l'hypothèse la plus cohérente est que l'ITA recherchait des méthodes de dopage à fenêtre de détection courte dont les traces disparaissent en quelques heures seulement. L'ITA a dû, en amont, au stade de la requête au JLD apporter des indices sérieux orientant vers de telles pratiques.
On peut penser aux microdoses d'EPO, souvent administrées en début de nuit afin que leur concentration redescende avant un contrôle matinal. De même, les autotransfusions, selon la littérature scientifique, laissent des anomalies hématologiques qui se normalisent au fil des heures. L'hormone de croissance et certains peptides présentent également des fenêtres de détection très brèves.
À l'inverse, les anabolisants et les stimulants, décelables plusieurs jours voire plusieurs semaines, ne justifieraient que difficilement un contrôle nocturne.
La présence d'un « risque de disparition de preuves » paraît donc renvoyer à la nécessité de réaliser les prélèvements biologiques en pleine nuit, avant la fermeture de la fenêtre analytique utile.
Mais le JLD n'est en aucun cas le juge antidopage
Deux précisions s'imposent enfin, pour prévenir tout malentendu.
D'une part, l'autorisation du JLD n'emporte aucune reconnaissance de culpabilité. En pratique, l'ordonnance procède souvent d'une requête pré-rédigée, le contrôle exercé par le juge sur les indices demeure limité et il n'est nullement exigé que l'organisme requérant établisse un dopage effectif. À ce stade, aucun manquement n'est donc caractérisé et la présomption d'innocence des coureurs demeure entière.
D'autre part, les coureurs visés ont dû se voir remettre l'ordonnance ainsi que la requête exposant les indices retenus en amont des opérations de prélèvement. Ils devraient donc, avec leurs équipes, connaitre la nature des soupçons et des indices détenus par l'ITA.
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Articles de presse
- franceinfo, On vous résume l'affaire des contrôles antidopage inopinés en pleine nuit ayant visé Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard — https://www.franceinfo.fr/tour-de-france/on-vous-resume-l-affaire-des-controles-antidopage-inopines-en-pleine-nuit-ayant-vise-tadej-pogacar-et-jonas-vingegaard-sur-le-tour-de-france-2026_8115230.html
- France 24, Antidopage : après Pogacar et Vingegaard, Evenepoel et Seixas soumis à des contrôles sur le Tour — https://www.france24.com/fr/sports/20260721-antidopage-après-pogacar-et-vingegaard-evenepoel-et-seixas-soumis-à-des-contrôles-sur-le-tour
- Yahoo Sport / L'Équipe, Tour de France 2026 : jusqu'à huit équipes concernées par des contrôles antidopage nocturnes ? — https://fr.news.yahoo.com/sport/tour-france-2026-jusqu%C3%A0-huit-084003727.html
- Eurosport, Nouvelle vague de contrôles antidopage, Decathlon CMA CGM et Red Bull–Bora–hansgrohe concernées — https://www.eurosport.fr/cyclisme/tour-de-france/2026/tour-de-france-2026-i-lequipe-red-bull-bora-hansgrohe-controlee-dans-la-nuit-de-lundi-a-mardi_sto23321447/story.shtml
- Cycling Weekly, Multiple riders have been subjected to night-time doping controls at Tour de France — https://www.cyclingweekly.com/racing/tour-de-france/multiple-riders-have-been-subjected-to-night-time-doping-controls-at-tour-de-france
- Le Tribunal du Net, Contrôle antidopage à 2 heures du matin : une procédure inédite en France — https://www.letribunaldunet.fr/sport/controle-antidopage-nocturne-pogacar-vingegaard-juge.html
- idlprocycling, ITA explains the nighttime tests on Pogačar and Vingegaard — https://www.idlprocycling.com/cycling/why-were-vingegaard-and-pogacar-tested-during-the-night-anti-doping-agency-speaks-out
Références légales
- Article L. 232-14-1 du code du sport — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000031252735
- Article L. 232-14-4 du code du sport — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000053710561
- Article L. 232-15 du code du sport — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043414843
- Article L. 232-13-1 du code du sport — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000022105552
- Articles L. 232-14-2 et L. 232-14-3 du code du sport (voie du consentement), au sein de la section « Agissements interdits, contrôles et enquêtes » — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006071318/LEGISCTA000006167046/
- Ordonnance n° 2015-1207 du 30 septembre 2015 (création du mécanisme de saisine du JLD) — https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000031246029/




